Formée à l’université Paris 8 en arts plastiques et titulaire d’un doctorat en esthétique, sciences et technologies des arts, Alice Suret-Canale a d’abord travaillé dans l’animation au sein du collectif La mécanique du plastique. Elle se consacre exclusivement à la peinture depuis 2018. Aucun dessin préparatoire ne précède la réalisation de ses peintures, fondées sur une approche intuitive qui cultive la fluidité. Tout commence par quelques taches de couleurs, progressivement enrichies par prolifération et agrégats et se poursuit dans une volonté de saisir le mouvement par la dynamique des couleurs, des contrastes et des formes. Forme et sujet se confondent dans son approche picturale qui joue de la fusion et de l’entrelacement en une perpétuelle métamorphose. Rien ne se fige, tout se transforme ou reste à la lisière, dans un état transitoire.

Deux motifs principaux se succèdent ou cohabitent dans ses peintures, le corps humain et les éléments végétaux, portés par un même désir d’évocation du vivant, dans une logique de mélange et d’hybridation. Les éléments végétaux et organiques prennent le dessus dans ses peintures récentes qui détournent le genre classique du paysage : pas de perspective ou d’horizon dégagé mais un point de vue pris au ras des buissons et des espaces indéfinis, sans hiérarchie, dans ce nouvel ensemble amorcé à l’occasion d’une résidence proposée par le Frac des Pays de la Loire au musée Charles Milcendeau situé, non loin de Soullans, au beau milieu des marais. Ce sont ces étendues mouvantes, miroitantes, où l’eau, la terre et les reflets du ciel s’entremêlent, où tout se brouille, que le tableau Marais représente en jouant sur les effetsde transparence et d’opacité, les zones d’ombre ou les rais de lumière. L’ambiguïté demeure dans ces compositions profuses d’où sourd une inquiétude écologique. L’évocation de la nature changeante du marais s’inscrit dans un projet intitulé « Humides » que l’artiste, sensible à la philosophie du vivant et à l’esthétique environnementale, a initié en 2023 et développe actuellement en collaboration avec des scientifiques.

Gaëlle Rageot-Deshayes